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Blog de Skippyremi http://skippyremi.joueb.com

Le langage ne sert-il qu'à communiquer ? [corrigé]

I - LES TERMES DU SUJET

L'intérêt du sujet est de dissocier deux notions qu'on pourrait croire synonymes : le langage et la communication. Par langage, il faut ici entendre les langues parlées et écrites par les hommes, mais aussi le langage animal, le langage des choses. On peut dire qu'il y a langage dès qu'il y a fonction symbolique, une chose en représentant une autre : le mot maison représente l'habitation, la rose rouge représente l'amour, la poignée de main représente l'amitié. Il y a donc un langage des mots, des signes, des gestes, des couleurs.
La communication est le fait d'échanger des informations, ce qui n'est pas nécessairement parler ou penser. Chaque jour nous communiquons malgré nous toutes sortes d'informations par nos vêtements, nos attitudes, de même des ordinateurs inconscients "communiquent" entre eux.

II - L'ANALYSE DU PROBLEME

Chaque jour je parle : le langage semble fait pour exprimer, dire, demander, souhaiter, bref communiquer, établir des relations avec autrui. Nous vivons dans une société où chacun est invité à communiquer, à s'exprimer, une société où la consommation est même le fondement de la démocratie, un droit à la libre expression. Le langage semblerait donc être avant tout un lien social, la garantie de comprendre l'autre et d'être compris.
Cependant, chaque jour je pense, et on pense même bien plus qu'on ne parle ! Avant de parler français, on pense en français. Ceci veut dire que le langage n'est pas un simple outil à communiquer à la disposition de ma pensée, comme le marteau est à la disposition de la main. Quand je pense, c'est moi qui pense mais en même temps j'utilise des combinaisons de signes virtuellement présentes dans ma langue. Le langage ne sert pas qu'à communiquer, il détermine aussi ce que je vais communiquer, ou même ce que je pense sans le communiquer.

III - UNE DEMARCHE POSSIBLE

A - L'ILLUSION DE LA COMMUNICATION

Nous entendons les autres parler, nous ne les entendons pas penser. D'où une illusion inévitable : croire qu'ils ne pensent que ce qu'ils nous ont communiqué, comme ils nous l'ont communiqué. Croire en somme que la communication volontaire et consciente est l'unique finalité du langage.
Mais si l'on prend l'exemple du lapsus, ou de ce que les autres déchiffrent (vrai ou faux) de nos gestes ou de notre apparence, on se rend compte que le langage ne sert pas seulement à communiquer, mais à interpréter ce que l'autre n'a pas voulu communiquer ! Donc à créer du sens, à penser. Grâce au langage, tout signifie, tout le temps, avant, pendant et après la communication.

B - LE LANGAGE, VISION DU MONDE

Nous n'avons pas affaire au langage dans l'absolu, mais à la langue française, au code de la route etc. C'est-à-dire un langage de signes institués. Le langage n'est pas naturel, il est conventionnel. Entre Français, on s'entend pour appeler "chien" cet animal aboyant. Entre Anglais ce serait "dog". C'est l'arbitraire du signe : n'importe quel son fait l'affaire, pourvu qu'on soit d'accord sur le sens. C'est une convention de communication. Mais attention : on ne s'entend pas seulement sur le mot, mais sur le besoin de donner un sens à cet animal, de l'opposer au chat, de l'intégrer dans un réseau de significations. Dans d'autres langues, le chien c'est un autre mot, mais aussi un autre sens, un bon plat par exemple. La langue contient une vision du monde arbitraire. Apprendre le français, c 'est apprendre à penser comme un Français pense. Avant de communiquer, la langue que l'on parle nous communique une vision du monde.

C - LA COMMUNICATION AVEC SOI-MEME

L'homme se distingue par la conscience, c'est-à-dire une représentation de soi-même, une communication de soi à soi qu'est la condition de toute communication extérieure. Pour Platon, la pensée est ainsi un "dialogue de l'âme avec elle-même". L'âme, la conscience construit librement ; on accepte un langage par lequel elle donne un sens au monde.
Inversement, il semble que les jeunes enfants et les animaux ont un rapport au langage qui ne passe que par la communication : ils utilisent des signes tout prêts pour obtenir immédiatement des résultats, ils n'ont pas, ou pas encore, la liberté du signe librement choisi ou pensé. Ils n'ont qu'un langage d'action.

IV - DES REFERENCES UTILES

  • Platon, Phèdre, Thééthite.
  • Descartes, Discours de la méthode.
  • Saussure, Cours de linguistique générale.
  • V - LES FAUSSES PISTES

    Ne pas parler de la pensée, du rapport entre pensée et langage. Faire l'éloge naïf de la communication.

    VI - LE POINT DE VUE DU CORRECTEUR

    Une formulation de sujet très classique, presque une question de cours. Le défi est d'éviter de réciter sa leçon et d'apporter un peu d'originalité et de finesse.